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Samedi 11 janvier 1992, Déjà 20.000 victimes dans les combats. Le carnage se poursuit depuis deux mois en Somalie

30 janvier 1991, groupe de rebelles somaliens dans Mogadishu
Alexander Joe / AFP
Aucune trêve n'est en vue après huit semaines d'affrontements entre clans somaliens à Mogadiscio, où le nombre des victimes est si élevé que les hopitaux utilisent chaque jour une tonne de liquides intra-veineux.
«Nous ne connaissons pas le nombre de tués car les bombardements tuent la plupart des victimes dans leurs maisons», déclare le directeur d'un hôpital de fortune. On estime que les combats ont fait jusqu'à 20.000 tués et blessés depuis le début de la bataille pour le pouvoir, le 17 novembre, entre Mohamed Farah Aidid et Ali Mahdi Mohamed. Les amputations et les opérations effectuées sur des corps déchirés par les balles ont souvent lieu sur un sol gorgé de sang.

La Somalie est plongée dans le chaos depuis le renversement de l'ex-président Siad Barre il y a un an par une coalition de mouvements rebelles. Une fois ce dernier chassé du pouvoir, les chefs des différents groupes insurgés se sont retournés les uns contre les autres. Ce pays de la Corne de l'Afrique n'est plus qu'un assemblage hétéroclite de zones tribales contrôlées par des «seigneurs de la guerre».

Le clan de Mohamed Farah Aidid, les Habr Gebdir, et celui d'Ali Ali Mahdi Mohamed, les Abgal, contrôlent chacun certains quartiers de la capitale. Les combats ont surtout lieu dans le centre, à moitié détruit, de cette capitale autrefois élégante. Les deux hommes appartiennent pourtant à la même tribu, celle des Hawiye. Plusieurs autres clans Hawiye se sont emparés de l'aéroport, du port et d'une station de radio.

Les deux camps affirment souhaiter un cessez-le-feu. Mais seul Ali Mahdi est favorable à l'envoi d'une force de maintien de la paix pour assurer l'acheminement d'une aide d'urgence. «Nous aimerions faciliter une intervention de l'ONU et nous n'aurions a priori rien contre la venue d'un pays pour rétablir l'ordre», a-t-il dit dans son QG de Karan, au nord du pays.

Mohamed Farah Aidid, lui, est hostile à une intervention extérieure. «Cela compliquerait encore davantage la situation. Nous pouvons nous-mêmes résoudre nos propres problèmes», a-t-il affirmé dans son bastion, près de l'aéroport de Mogadiscio. Une trêve est d'autant plus difficile à imposer que les chefs de guerre controlent de moins en moins leurs troupes. Des bandes de jeunes gens, drogués au khat, une plante narcotique, arpentent les rues à la recherche de maisons à piller et de membres rivaux à abattre.

Le week-end dernier, l'émissaire de l'ONU James Jonah n'a pas réussi à conclure un cessez-le-feu en Somalie. Des milliers d'habitants ont fui la capitale, mais ils se retrouvent souvent sans abri et sans vivres dans les campagnes.

Avant même la bataille de Mogadiscio, l'ONU estimait que 4,5 millions de personnes étaient menacées par les pénuries alimentaires et que les décès seraient nombreux si la sécurité n'était pas renforcée pour permettre l'acheminement des secours. La plupart des organisations humanitaires se sont retirées en raison de l'insécurité. (D'après Reuter.)

Source: http://archives.lesoir.be/

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