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En 1993, l’opération « Restore Hope » avait été un échec

  • La guerre et la sécheresse avaient déclenché une grave famine en Somalie de 1991 à 1993.
  • L’opération militaro-humanitaire Restore Hope s’était terminée par un fiasco.

9 décembre 1992. Des milliers de soldats américains débarquent sur les côtes de la Somalie. L’opération Restore Hope (« Restaurer l’espoir ») commence sous l’œil des caméras. Objectif, pacifier le pays en proie à la guerre civile afin d’acheminer et de distribuer l’aide humanitaire aux populations affamées.

Mais, très vite, la situation dégénère, les combats s’intensifient entre les casques bleus et les groupes armés. Les États-Unis retirent l’essentiel de leurs troupes fin 1993, bientôt suivis par les autres nations. Beaucoup d’ONG abandonnent leur programme dans la foulée.

Droit d’ingérence

La première intervention militaire au nom du droit d’ingérence humanitaire se termine par un échec sur toute la ligne. « Quand des casques bleus commencent à tirer sur les populations qu’ils sont censés protéger, c’est un signe que l’aide devient un problème et non une solution, observe le docteur Jean-Hervé Bradol, alors responsable des programmes pour Médecins sans frontières. De plus, la mobilisation a été trop tardive. Les personnes les plus vulnérables sont décédées avant l’arrivée des secours. »

L’alerte à la famine est pourtant lancée dès 1991. La sécheresse tue le bétail, les prix des céréales explosent, la guerre civile paralyse les secours, l’insécurité règne. Intervenir dans le chaos général est un combat quotidien.

« On était obligés de travailler avec des gardes armés, se souvient Angela Gussing, déléguée du CICR en Somalie à l’époque. Pour le moindre mouvement, pour acheminer des vivres, il fallait négocier un droit de passage avec une trentaine de chefs de clans. »

Première intervention à grande échelle

La Somalie marque aussi une nouvelle ère de l’action humanitaire. C’est la première intervention à grande échelle. Le Comité international de la Croix-Rouge affrète par exemple des bateaux de 10 000 tonnes qui sont débarqués par des dizaines de radeaux.

L’argent des bailleurs de fonds afflue en masse. « On s’est retrouvés à la tête de budgets et de matériels qu’on n’avait jamais gérés auparavant, se souvient Jean-Hervé Bradol. Cela a posé d’énormes problèmes pour sécuriser nos activités. »

Les chefs de guerre et les hommes d’affaires sentent vite le filon. Le détournement de l’aide, inévitable en temps de guerre, prend des proportions alarmantes. Les convois de nourriture ou de matériels sont pillés, puis revendus sur les marchés.

 

Désenchantement

Au nom de la protection des populations, le Conseil de sécurité des Nations unies décide alors en décembre 1992 de renforcer ses contingents de casques bleus. Une initiative saluée par beaucoup de travailleurs humanitaires.

Ils déchantent vite. « Rapidement, nous avons compris que les troupes de l’ONU ne seraient pas capables de sécuriser le pays », précise Thomas Gonnet, directeur des opérations d’Action contre la faim.

L’opération Restore Hope brouille enfin durablement l’image des étrangers en Somalie. « Les casques bleus ont été perçus comme une force d’occupation étrangère et les organisations d’aide comme le bras civil de cette armée », conclut Jean-Hervé Bradol.


Olivier Tallès

Source: http://www.la-croix.com/Actualite/S-informer/Monde/En-1993-l-operation-Restore-Hope-avait-ete-un-echec-_NG_-2011-07-22-691703?bcsi_scan_3c79e7817cdc4fd7=0

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