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Les raisons du retour de l’Us Army en Afrique

APRES L’ECHEC EN SOMALIE IL Y A 18 ANS

NETTALI.NET - Ce n’est jamais sans intérêt que la puissante Amérique décide d’envoyer ses militaires sur un théâtre d’opérations extérieures, surtout dans le contexte actuel marqué par les stigmates au sein de l’opinion avec les guerres en Irak et en Afghanistan. Mais l’interventionnisme des puissances occidentales a repris droit de cité, surtout pour l’accès aux réserves pétrolières (Libye). Alors pourquoi l’Oncle Sam s’enfonce t-il en forêt équatoriele ?

Le président Barack Obama a annoncé avoir autorisé un petit nombre de soldats américains équipés pour le combat à se déployer en Afrique centrale pour aider les forces de la région oeuvrant à faire quitter le champ de bataille à Joseph Kony, le chef de l’Armée de résistance du seigneur.
Un premier groupe de conseillers américains est arrivé mercredi 12 octobre en Ouganda et d’autres suivront au cours du mois dans les pays voisins : RD Congo, Centrafrique et Soudan du Sud.
Il s’agit du plus important déploiement de troupes en Afrique annoncé par Washington depuis le sanglant fiasco de l’intervention en Somalie en 1993. La LRA, réputée l’une des guérillas les plus brutales du monde, a sévi à partir de 1988 dans le nord de l’Ouganda, mais ses combattants se sont installés depuis dans les pays voisins. L’administration américaine a tenu à préciser que "les soldats américains ne combattraient pas directement les rebelles". Mieux, "nos forces fourniront des renseignements, des conseils et une aide", a assuré M. Obama.
Ce n’est donc pas une opération à grande échelle, mais dans le langage diplomatique, le terme "équipés pour le combat" est lourd, comme l’équipement des forces spéciales. Face aux risques de déstabilisation d’une Afrique centrale qui sort difficilement de vingt ans de tensions, sans compter le soutien à apporter au Soudan du Sud, nouvellement indépendant et allié de Washington, la décision du président Obama se comprend. Ce n’est pas "Restore Hope", opération officiellement humanitaire qui a viré au désastre en Somalie, en 1993, mais un engagement autrement plus pragmatique. La contagion du LRA devait trouver remède, d’autant que les Etats les plus "fragiles" de la zone ne sont pas à l’abri du chaos.
Il y a eu, en 2011, le référendum du Sud-Soudan de janvier et les élections présidentielles en Ouganda de février. "Ces deux pays font, avec la RCA et la RDC, partie d’une problématique dévastatrice autour de la LRA", explique Kris Berwouts, le directeur d’EURAC, le réseau des Ong européennes pour l’Afrique centrale. La LRA, née dans le conflit et les déséquilibres en Ouganda, a pu se développer dans une zone qui s’étend dans les quatre pays.
La LRA n’est pas le seul trait d’union entre l’Afrique centrale et la Corne de l’Afrique (où en Somalie les Shebabs islamistes sèment la terreur), deux régions où des différends locaux et des conflits nationaux ont débordé des frontières nationales parce que les antagonismes locaux ont été polarisés et entremêlés à ceux des pays voisins. L’Ouganda et le Burundi participent à l’AMISOM...
La LRA est accusée de massacres de civils, de mutilations et d’enrôlements forcés d’enfants. En vingt ans, les combats entre la guérilla et les forces ougandaises ont fait plusieurs dizaines de milliers de morts et 1,8 million de déplacés. Ces affrontements ont cessé en 2006, au lancement d’un processus de paix, mais la LRA est depuis demeurée active dans les pays voisins.
La semaine dernière, le responsable de la zone Afrique pour l’armée américaine, le général Carter Ham, a affirmé que Kony, recherché par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, se trouvait probablement en Centrafrique.


Somalie: attentat suicide contre une base de l'armée éthiopienne

Source:  AFP
Vue d'une mosquée dans Mogadiscio, le 23 janvier 2012 (AFP, Stuart Price)


MOGADISCIO — Un insurgé islamiste somalien a perpétré un attentat suicide mardi contre une base de l'armée éthiopienne à Beledweyne, dans le centre de la Somalie, ont déclaré des responsables et insurgés.
Les rebelles shebab ont revendiqué l'attentat, assurant dans un communiqué que 33 soldats éthiopiens avaient été tués. Ce bilan ne pouvait être confirmé immédiatement de source indépendante.
"Une grosse explosion a complètement secoué la ville, cela s'est produit sur la base où sont stationnées les forces éthiopiennes et les premiers renseignements indiquent qu'il s'agit d'une attaque suicide", a déclaré de son côté à l'AFP Mohamed Osman, un responsable local de la sécurité.
L'assaillant "a été tué par les gardes de la sécurité avant qu'il n'atteigne la porte et il a fait sauter le véhicule", a poursuivi Mohamed Osman, indiquant qu'une enquête était en cours sur cette attaque menée contre l'armée éthiopienne, installée dans la ville de Beledeweyne depuis début janvier.
"Un des combattants moudjahidine a mené une mission suicide et a détruit la plus grande base de soldats chrétiens venant d'Ethiopie", a affirmé pour sa part un commandant shebab, demandant à ne pas être nommé.
Selon des témoins, le kamikaze était au volant d'un minibus rempli d'explosifs.
"C'était une très forte explosion qui a secoué les bâtiments dans la plus grande partie de la ville. J'ai vu des flammes et de la fumée dans le ciel mais personne ne peut s'approcher de la zone maintenant car les troupes éthiopiennes ont bloqué la zone", a indiqué Abdulkadir Isak, un habitant.
L'armée éthiopienne a lancé une offensive dans l'ouest du pays en novembre et a délogé les rebelles shebab de Beledweyne, une ville située à une trentaine de kilomètres de la frontière avec l'Ethiopie et au carrefour de voies stratégiques.
Les islamistes, qui se revendiquent d'Al-Qaïda et ont juré la perte du fragile gouvernement de transition soutenu par la communauté internationale, contrôlent toujours de grandes parties du sud et du centre de la Somalie mais font face à une pression militaire accrue depuis l'entrée des troupes kényanes au sud en octobre, puis éthiopiennes à l'ouest.
Ces soldats s'ajoutent aux quelque 10.000 hommes de la force de l'Union africaine installés à Mogadiscio en soutien aux troupes du gouvernement de transition.
L'attaque de mardi "fait partie d'une nouvelle stratégie adoptée par les moudjahidine en réponse aux ennemis de plus en plus hostiles qui ont envahi la Somalie", indique le communiqué des shebab. "Le simple retrait d'une ville n'empêche pas forcément les moudjahidine de coordonner et de mener des actions de grande ampleur", ajoute le document.
La Somalie est sans gouvernement effectif et en état de guerre civile depuis 20 ans.

SOMLALIA : government troops launched an offensive against Islamist insurgents in the Somali capital



A Ugandan soldier serving with the African Union Mission in Somalia (AMISOM) crouches down during an advance with troops from the Somali National Army (SNA) to capture Mogadishu University in insurgent Al Shabaab territory in Mogadishu, in this handout photograph released by the United Nations-African Union Information Support Team to ******* January 20, 2012. African Union (AU) and government troops launched an offensive against Islamist insurgents in the Somali capital on Friday, seizing rebel bases beyond the city's limits for the first time, the AU force said.

Ugandan soldiers serving with the African Union Mission in Somalia (AMISOM) rest after an advance with the Somali National Army (SNA) to capture Mogadishu University in insurgent Al Shabaab territory in Mogadishu, in this handout photograph released by the United Nations-African Union Information Support Team to ******* January 20, 2012.


A Somali National Army (SNA) soldier points at an African Union Mission in Somalia (AMISOM) armoured personnel carrier during an advance into insurgent Al Shabaab territory in Mogadishu, in this handout photograph released by the United Nations-African Union Information Support Team to ******* January 20, 2012


Ugandan soldiers serving with the African Union Mission in Somalia (AMISOM) load defensive barriers onto a tank after an advance with the Somali National Army (SNA) to capture Mogadishu University in insurgent Al Shabaab territory in Mogadishu, in this handout photograph released by the United Nations-African Union Information Support Team to ******* January 20, 2012.


An African Union Mission in Somalia (AMISOM) armoured personnel carrier is seen through a rifle hole of another during a firefight after an advance with the Somali National Army (SNA) to capture Mogadishu University in insurgent Al Shabaab territory in Mogadishu, in this handout photograph released by the United Nations-African Union Information Support Team to ******* January 20, 2012.


A Ugandan soldier, serving with the African Union Mission in Somalia (AMISOM), and troops from the Somali National Army (SNA) stand with their weapons in an open ground outside Mogadishu University after an advance into insurgent Al Shabaab territory in Mogadishu, in this handout photograph released by the United Nations-African Union Information Support Team to ******* January 20, 2012.


A Ugandan soldier serving with the African Union Mission in Somalia (AMISOM) stands as a tank passes following an advance with the Somali National Army (SNA) to capture Mogadishu University in insurgent Al Shabaab territory, in this handout photo taken by the United Nations-African Union Information Support Team and released to ******* January 20, 2012.

Source: www.MP.net

Deux soldats kényans tués dans des affrontements avec les shebab

La police kényane sur la scène d'une attaque à la grenade liée selon la police aux milices Shebab (AFP/Archives, Simon Maina)


NAIROBI — L'armée kényane, engagée depuis octobre dans la poursuite des insurgés islamistes shebab dans le sud de la Somalie, a affirmé lundi avoir perdu deux hommes dans un affrontement avec les rebelles.
Un membre des forces du gouvernement de transition somalien (TFG), aux côtés desquelles le Kenya intervient, a aussi été tué, a poursuivi le porte-parole de l'armée kényane Emmanuel Chirchir.
L'armée kényane dit avoir attaqué dimanche soir, avec les forces gouvernementales somaliennes, des positions shebab dans les localités somaliennes de Delbio et Hosingo, à une trentaine de kilomètres de la frontière.
Selon commandant Chirchir, les shebab auraient de leur côté perdu 11 combattants avant de battre en retraite.
Le bilan ne pouvait pas être confirmé de source indépendante. Les rebelles rejettent constamment les pertes que l'armée kényane dit leur infliger.
Nairobi a lancé mi-octobre ses troupes dans le sud de la Somalie pour en déloger les shebab qu'elle juge responsables d'une série d'attaques et d'enlèvements sur le sol kényan.
Les insurgés contrôlent de grandes parties du sud et du centre de la Somalie mais font face à une pression militaire accrue.
En plus de l'offensive kényane, ils doivent aussi affronter une incursion de troupes éthiopiennes dans l'ouest du pays.
Dans la capitale Mogadiscio, les shebab mènent, depuis leur retrait de positions clé en août, des attaques de types guérilla contre les soldats du TFG et la force de l'Union africaine (Amisom) qui soutient les autorités de transition.
Samedi, les insurgés ont affirmé avoir perdu un combattant étranger, selon eux un Britannique d'origine libanaise, tué dans un bombardement de drone.
Depuis, des centaines de personnes ont fui le corridor d'Afgoye, proche de la capitale, de peur d'êtes eux-mêmes victimes de bombardements, selon un responsable somalien et des témoins. La ville d'Afgoye abrite des milliers de déplacés, qui ont notamment fui les combats dans la capitale somalienne ces dernières années.
"Les gens rentrent à Mogadiscio pour des questions de sécurité, plus de deux ans après avoir déserté leurs maison," a affirmé Mohamed Hassan, un responsable des questions de sécurité pour le gouvernement somalien. "C'est sûr maintenant (à Mogadiscio) et ils ont maintenant peur d'être victimes de lourds bombardements," a-t-il ajouté.
"Les gens du corridor d'Afgoye ont peur des bombardements aériens, il y a de nombreux commandants shebab ici et ils risquent d'être visés, donc des centaines de personnes ont décidé de retourner à Mogadiscio," a renchéri Sakariye Osmail, l'un des déplacés.
Les violences incessantes ont aggravé en Somalie les conséquences de la récente sécheresse dans la Corne de l'Afrique : selon les Nations unies, la famine frappe encore trois provinces du sud somalien, et quelque 250.000 personnes.

U.S. Drone Strike Kills Foreign Commander Fighting for Militants in Somalia

Source: The New York Times




A senior foreign commander fighting with Shabab Islamic militants was killed in an American drone strike a few miles south of the capital over the weekend, according to Shabab officials.
The Shabab officials held a news conference to publicize the attack, identifying the commander as Bilal al-Barjawi, 27, a close associate of a Qaeda leader killed last year in Somalia. They said he was of Lebanese descent and had grown up in West London. British authorities denied that he was a British citizen.
One witness said there were two strikes on Saturday afternoon in a Shabab-controlled area near the town of Elasha Biyaha, about eight miles south of the Somali capital, Mogadishu, where the Shabab have a base. “One hit a car, which I believe held explosives,” said the witness, who gave his name as Osman. Huge explosions were followed by clouds of flames and smoke, witnesses said, and Shabab militants sealed the area around the burning car.
Within hours, a Shabab spokesman, Ali Mohamud Raghe, told reporters, “American drones carried out today’s attack and killed our brother, Martyr Bilal al-Barjawi.” He saluted the slain commander, also known as Abu Hafsa, as being among the first foreign jihadists to answer the Shabab’s call for reinforcements, joining them in mid-2006 after having fought in Afghanistan.
Mr. Raghe said that Mr. Barjawi was a close associate of Fazul Abdullah Mohammed, Al Qaeda’s leader in East Africa and the mastermind of the American Embassy bombings in Kenya and Tanzania. Mr. Mohammed was killed in June, in a late-night shootout at a security checkpoint in Mogadishu.
The Guardian reported that Mr. Barjawi’s wife had given birth in a London hospital a few hours before the missile strike, and that the couple’s relatives suspected that a celebratory telephone conversation between the couple had given away his location. The Guardian also reported that Mr. Barjawi had moved to Britain as a child and held British citizenship until a year ago, when the government revoked it under the 2006 Immigration, Asylum and Nationality Act.
In a chaotic, impoverished country that has not had a functioning national government for 20 years, the Shabab have managed to take control of large areas of territory, chopping off hands for what it considers un-Islamic behavior and blocking the delivery of emergency food to famine victims. An African Union mission has struggled for years to try to help the weak central government retain control of the capital, and Kenyan and Ethiopian forces have made incursions to try to keep the militants from expanding operations into their territories.
There are believed to be several hundred foreign fighters in Somalia, The Associated Press reported, mostly Africans from nearby nations. But more than 40 Americans have joined the insurgency, according to a report from the House Homeland Security Committee, The A.P. said; about 15 have been killed.
In a separate episode, an American man was reported kidnapped in the central Somali town of Galkayo on Saturday, and Somali pirates said that some of their number had captured him. Agence France-Presse quoted witnesses near the port of Hobyo, a notorious pirate den to the east of Galkayo, as saying that pirates took the hostage to a jungle base near the coast.
Part of Galkayo lies in the semiautonomous region of Puntland, which is relatively stable compared with the rest of Somalia and controlled by forces friendly to the American-backed Somali government; another part is controlled by a small, clan-based administration called Galmudug. It was not immediately clear in which area the kidnapping occurred, but there have been several such cases in the last few months. Kidnapping for ransom has grown common in Somalia.
The American was near the Galkayo airport on Saturday afternoon when gunmen stopped his car, witnesses said. The American and a Somali with him were beaten, and the American was taken away, The A.P. reported, citing a Galmudug minister who asked not to be identified.
One witness, Farah Ali, said the gunmen “headed toward Xiingod, a village east of Galkayo.”
Somali pirates said in interviews that the man had been kidnapped by pirates. A.F.P. quoted an elder in Hobyo, Muhidin Adan, as saying: “There are around 50 heavily armed security forces who tried to stop the pirates after following them yesterday, but now the security forces have stopped tracing because the kidnappers entered the base of the pirates.” The elder added: “The pirates have reached Hobyo now. I don’t think they could be followed anymore.”
A staff member at the Embassy Hotel said the American, who also held German citizenship, had gone to the airport to drop off an Indian colleague. The staff member asked not to be identified because he was not supposed to give out information about guests.
A State Department spokeswoman, Joanne Moore, said that the department was investigating.
“We are aware of the reports of that kidnapping in northern Somalia,” Ms. Moore said, according to The A.P. “We are concerned about the individual’s safety and well-being. We were working with contacts in Kenya and Somalia to ascertain further information.”
She added: “The U.S. condemns kidnapping of any kind, and we call for the immediate release of the victim.”


By Mohammed Ibrahim


John F. Burns contributed reporting from Cambridge, England.

Somalie : l’aide masquée



« Les rations arrivent ! » Abdi est saisi d’admiration pour le chauffeur du camion qui s’immobilise devant lui. Franchir, comme il vient de le faire, un dédale de clans et de sous-clans sur 425 kilomètres, avec deux tonnes de haricots, d’huile et de sucre est un exploit. Pour ne pas éveiller les soupçons des chefs de guerre et attiser les convoitises, la nourriture a été transportée dans un camion banalisé, en petites quantités, selon un itinéraire tenu secret. « Nous faisons appel à des commerçants locaux qui, chaque semaine, achètent les vivres à Mogadiscio avec leur argent, explique Abdi. Ces commerçants ont leurs armes et leurs miliciens. Ils connaissent très bien les règles claniques. Ils font jouer leurs liens familiaux. Quand ils arrivent avec la nourriture, je les paie. » Abdi Aziz Osman représente une grande organisation étrangère dont rien ne révèle la présence ici : ni sigle, ni véhicule, ni visage blanc. Mais tout le monde connaît le mystérieux donateur : le Comité International de la Croix-Rouge.


Nous sommes dans le sud-ouest de la Somalie, à Hargeisa, un petit village de la rive ouest du fleuve Juba. Les rations d’une semaine pour 3000 réfugiés rentrés d’exil sont déchargées à la hâte sous la surveillance d’une dizaine de miliciens armés de kalachnikovs. Et le camion redémarre aussi vite qu’il est arrivé. « Si le C.I.C.R. opérait ouvertement, poursuit Abdi, les miliciens voleraient les vivres. Et voir des visages blancs créerait de trop grandes attentes chez les gens. Malgré nos précautions, je peux vous montrer des gens qui viennent de Kisimayo (une ville portuaire à 125 km plus au sud) pour s’approvisionner ici. » La discrétion du C.I.C.R. est à la mesure de la situation en Somalie. Depuis le retrait des derniers Casques Bleus en mars 1995, la plupart des organisations humanitaires ont quitté ce pays toujours en proie à la guerre civile. Celles qui restent n’interviennent plus que sur la pointe des pieds.

Nourrir la guerre

« Si on décide aujourd’hui qu’il nous faut de la nourriture, elle sera ici après-demain. Si on essaie de faire la même chose sans cet homme d’affaires, il nous faudra un mois. » Alard Du Bois-Reymond arrive de Genève, par un petit avion du C.I.C.R., pour évaluer les besoins et vérifier le déroulement des opérations. « C’est un peu une expérience que l’on tente. C’est la première fois qu’on procède comme ça. Un homme d’affaires sait à qui donner un peu d’argent, quelles personnes inclure dans son escorte. Ce sont des finesses qu’on ne comprendra jamais. » Selon lui, le C.I.C.R. pourrait s’inspirer de son expérience à Hargeisa pour sous-traiter son aide dans des opérations plus importantes. « On peut agir peut-être plus efficacement avec les moyens locaux. Ici, ce sont les commerçants qui profitent de cet arrangement et après la guerre, cette structure sera toujours en place » (lire l’interview intégrale).
Comme la Croix-Rouge, les autres organisations étrangères ont dû s’adapter à une situation où le contrôle de l’aide humanitaire demeure un enjeu politique extrêmement important. Paradoxalement, cette aide a attisé le conflit somalien. Au plus fort de la guerre, jusqu’à 80 % des secours ont été pillés pour financer la guerre. Ces envois massifs de nourriture, précise le représentant du C.I.C.R., n’ont pas eu que des effets pervers. Revendus sur les marchés locaux, ils ont fait chuter les prix des aliments qui étaient devenus rares et hors de prix pour la plupart des Somaliens.
M. Du Bois-Reymond souligne qu’il faut se garder d’appliquer des repères culturels occidentaux à cette situation. Les vols de nourriture, selon lui, ne sont pas toujours ce que l’on croit. « La Somalie ne connaît pas de structure hiérarchique comme dans les autres pays. Ce ne sont pas des chefs qui décident. C’est une démocratie nomadique. On doit convaincre tout le monde. Et même si on atteint un consensus sur l’aide qu’on distribue, si certains estiment ensuite qu’ils n’ont pas reçu leur juste part de nourriture, ils s’arrogent le droit de la prendre. Pour eux, ce n’est pas voler. Ils jugent qu’on ne les a pas bien considérés. » Les meurtres d’employés d’organisations humanitaires ? « Les nomades sont des gens très fiers qui ne se plient pas facilement à nos idées occidentales. Si, par exemple, je donne un ordre à un Somalien, il ne va pas le respecter. Je dois le convaincre d’abord que j’ai raison. Si je n’ai pas de bons arguments et que j’insiste, il risque de me tirer dessus. En Bosnie, le franc-tireur touche sa prime pour chaque personne tuée. Ici c’est différent. Normalement, ils vous tirent dessus quand vous n’avez pas respecté quelque chose. Ce n’est pas par méchanceté. Le problème, c’est que vous ne savez pas toujours ce que vous avez fait comme faute. »

Ras-le-bol de la Somalie

Dans son bureau de Nairobi, Peter Kessler s’impatiente. Le porte-parole du Haut Commissariat des Nations-Unies aux Réfugiés s’inquiète de l’incapacité du H.C.R. à obtenir un financement pour rapatrier et réintégrer les 450 000 Somaliens qui vivent toujours en exil. La communauté internationale, constate-t-il, a détourné les yeux de ce peuple qui lui semble ingrat et incompréhensible. « Dans les pays donateurs, je crois qu’il y a un sentiment de ras-le-bol de la Somalie. Les chefs de guerre somaliens ont fait subir aux puissances occidentales une telle frustration qu’il est devenu très difficile d’obtenir les fonds nécessaires pour aider les gens qui en ont besoin. Il faudrait une photographie atroce ou des images télévisées montrant des gens mourant par centaines pour obtenir de nouveau le soutien dont nous avons besoin. »
A Hargeisa, la famine provoquée par la sécheresse a pu être évitée de justesse en 1995 grâce à l’intervention de la Croix-Rouge. « Beaucoup se nourrissent encore de fruits sauvages et d’herbes », précise M. Du Bois-Reymond, pour qui la situation demeure préoccupante. « Lorsque nous sommes arrivés, ajoute Abdi Aziz Osman, 85 % des gens, surtout des enfants de moins de cinq ans, étaient très mal nutris. Ils revenaient à pied du Kenya, dans un état critique. »
Dans le reste du pays, c’est l’exode rural qui a amplifié la pénurie de viande et de produits agricoles. Les troupeaux décimés et la destruction de 600 villages ont poussé la plupart des 450 000 réfugiés rentrés d’exil à s’installer dans les grandes villes. Et comme le chômage est massif (le départ des Nations-Unies, à lui seul, a privé de revenus 8000 employés somaliens de qui dépendaient 200 000 personnes), les gens n’ont plus les moyens de se nourrir.
En attendant la paix, Alard Du Bois-Reymond constate un net désir, chez les réfugiés rentrés chez eux, de s’affranchir de l’aide internationale. « J’ai vu les camps du Kenya. Ils étaient vraiment pourris. Tout le monde mendiait, il y avait des détournements de nourriture et tout le reste. Et j’ai revu ici des paysans qui veulent vivre de leurs terres, des gens qui sont redevenus fiers comme avant. Ca me fait très plaisir de voir que ce n’est pas un pourrissement qui persiste, que c’est un pourrissement temporaire. »

Source: http://www.bourgoing.com/1996/01/somalie-laide-masquee/

Somalie: Retour à l’ordre dans le far-west somalien

Nous roulons à 10 kilomètres-heure sur une piste plate et sèche, près de Jilib, dans le sud-ouest de la Somalie. A l’arrière du vieux pick-up Toyota, six émules de Rambo ceinturés de munitions s’agrippent à leurs kalachnikovs et leur bazooka. Sourcils froncés, ils scrutent l’horizon. A des kilomètres à la ronde, il n’y a personne. Et soudain, avant la première courbe, le chauffeur, l’air de rien, met son… clignotant ! Démonstration exagérée de civisme devant l’étranger qu’il accompagne ? Fierté de montrer qu’il y a encore quelque chose qui marche dans son épave ? Le geste n’est peut-être pas anodin. Dans ce pays sans gouvernement ni loi, livré depuis quatre ans à la guerre des clans, plusieurs signes suggèrent un retour à l’ordre malgré l’anarchie apparente. Loin de l’agitation de Mogadiscio et des autres villes, la société somalienne se réorganise peu à peu.
Notre destination : une succession de huttes de branchage et de boue construites à la hâte, un village baptisé du même nom que la capitale du Somaliland, Hargeisa. Sept cents familles, surtout des femmes et des enfants, ont fui la misère des camps de réfugiés du Kenya pour revenir ici, malgré la sécheresse et leurs maisons détruites. A l’entrée du village, un groupe de femmes nettoie le sol pour aider les nouveaux arrivants à s’installer. Dans une case sommaire, un professeur a repris ses cours d’anglais : « You must write !…« , répètent les enfants à l’infini. Plus loin, une litanie assourdissante emplit l’une des deux écoles coraniques, où des gamins récitent le Coran dans le désordre et l’enthousiasme.


Derrière l’école, deux hommes à l’air grave marchent au pas. Ils font partie des quinze policiers qui patrouillent ici et dans deux villages environnants. Seule trace du passage de l’ONUSOM II dans cette région : 14 paires de menottes et 9 uniformes kaki distribués juste avant le départ des Casques Bleus en mars 1995. Ils n’ont pas été payés depuis ce temps. Ils n’ont pas de véhicule, ni d’arme ou de loi écrite sur laquelle ils peuvent s’appuyer. Mais il leur reste l’honneur et la fierté. « Notre travail continuera comme avant même si nous n’avons pas de salaire, affirme le chef de police Mohamed Osman Abdi. Notre coeur et notre communauté sont ici. » Les représentants de l’ordre utilisent la ruse et la collaboration des villageois pour conduire les prévenus soupçonnés de vol de récoltes et d’autres délits devant les aînés du village qui suggèrent un règlement (généralement une compensation monétaire) en se fondant sur la loi traditionnelle.
A l’ombre d’une case, ces aînés se réunissent à nouveau pour discuter des affaires du village. Parmi eux, le sage Mohamed Abdullahi égrène machinalement son chapelet. « Ce que nous voulons, c’est ramener les lois traditionnelles. Il semble que les gens commencent à accepter nos idées pour la paix et la compréhension. Depuis six mois, c’est comme si, petit à petit, c’est devenu plus facile. Il y a une certaine considération pour les plus âgés.« 

La liberté et l’estomac vide

Avant la guerre, les gens d’ici vivaient richement. Comme pour le rappeler, la carcasse rouillée de l’usine de canne à sucre du fleuve Juba se dresse derrière le village. Jusqu’en 1991, elle nourrissait toute la région : 7000 hectares de terres irriguées, 80000 tonnes de sucre par année, mille logements construits pour les 3000 employés, des terrains de golf et de tennis, une piscine, etc. Quand des combattants ivres de qat ont pris l’usine de 150 millions de dollars, ils l’ont pillée et dépecée en deux mois pour la revendre en pièces détachées. Seul signe d’activité aujourd’hui : une colonie de babouins joue les équilibristes sur son squelette.

Somalie: La banalité du mâle

Mai 1995. J'atterris en pleine brousse, dans l’extrême sud-ouest de la Somalie.

Mai 1995. J’atterris en pleine brousse, dans l’extrême sud-ouest de la Somalie. Je viens faire le repérage pour le tournage d’un documentaire sur l’impact de l’aide humanitaire pour des réfugiés rentrés d’exil.
Au bout de la piste poussiéreuse, lorsque le petit avion à hélices du Comité International de la Croix-Rouge (CICR) s’immobilise et qu’on ouvre la porte, je découvre mon comité d’accueil: un groupe d’hommes armés de kalachnikovs et de lance-roquettes entassés à l’arrière d’un camion pick-up.

Mon comité d’accueil: un groupe d'hommes armés de kalachnikovs et de lance-roquettes (cliquez pour agrandir)

On m’emmène rencontrer le groupe des chefs locaux, des aînés assis à l’ombre d’un acacia sur une grande bâche qu’on a déroulée pour mon accompagnateur australien et moi. Ils sont entourés d’une centaine de villageois curieux d’entendre ce qu’un Blanc vient faire par ici.
Comme eux, quelques milliers d’ex-réfugiés ont bravé l’incertitude qui les attend dans ce pays qu’ils avaient fui à cause de la guerre. La vie de misère dans les camps du Kenya était intenable. Ils préfèrent affronter le chaos des clans, prêts à recommencer à zéro dans un petit village près de la localité de Jilib.

Un abri de fortune pour des réfugiés rentrés d'exil (cliquez pour agrandir)

Assis en tailleur, je me présente et explique qu’avec un réalisateur et un caméraman qui me rejoindront plus tard, je souhaite faire un documentaire pour la télévision et la radio sur ce qu’ils vivent et le soutien qu’ils reçoivent de la Croix-Rouge. Je cherche avec eux des idées de sujet et d’angle de traitement. J’aimerais illustrer ce qu’ont enduré les femmes dans la guerre, mais je doute que ces musulmans nous permettent d’approcher leurs femmes. Je mentionne aussi, sans trop y croire, que je serais curieux de rencontrer un poète, dans un pays sans tradition écrite où les poètes, comme des troubadours, remplissent les rôles de journalistes et d’historiens.
Coup de chance inouï, un vieux répond qu’il y a ici un poète, que ce poète est… une femme, et que sa poésie raconte la guerre vue et vécue par… les femmes! Et pour couronner le tout, avec la bénédiction des aînés, Halima accepte même d’être filmée! Elle deviendra le personnage central de nos documentaires, dont ce grand reportage réalisé pour Radio-Canada, Somalie: La mémoire des poètes.

Somalie: l'étranger enlevé samedi serait aux mains de pirates

L'étranger enlevé samedi dans la province somalienne proclamée semi-autonome de Galmudug (centre) serait entre les mains de pirates, a affirmé dimanche un responsable du gouvernement local.

L'étranger enlevé samedi dans la province somalienne proclamée semi-autonome de Galmudug (centre) serait entre les mains de pirates, a affirmé dimanche un responsable du gouvernement local. | Mohamed Dahir


L'étranger enlevé samedi dans la province somalienne proclamée semi-autonome de Galmudug (centre) serait entre les mains de pirates, a affirmé dimanche un responsable du gouvernement local.
"Nous avons appris que l'enlèvement de l'étranger a été perpétré par des pirates, les personnes qui assuraient la sécurité de la victime ont participé à son kidnapping avec l'aide des pirates," a précisé le responsable, Abshir Dini Awale.
"Nous avons envoyé des membres des forces de sécurité pour les retrouver et elles les suivent toujours, mais nous ne savons pas comment les choses vont se terminer," a-t-il ajouté.
La nationalité et la profession de l'étranger restaient incertaines. Mais les autorités évoquent la possibilité qu'il s'agisse d'un bi-national, à la fois allemand et américain.
La victime a été enlevée samedi dans le sud de la ville de Galkayo par des hommes
armés, alors qu'elle se trouvait sur la route de l'aéroport, selon des responsables locaux et témoins.
Galkayo, à cheval entre les deux régions somaliennes proclamées semi-autonomes du Puntland et de Galmudug, est proche de bastions de pirates.
Selon des témoins dans la région du port de Hobyo, un peu plus à l'est, des pirates auraient emmené l'otage dans la jungle près de la côte.
"Environ 50 membres des forces de sécurité, lourdement armés, ont essayé d'arrêter les pirates hier, mais ils ont cessé de les suivre parce que les ravisseurs sont entrés en zone pirate," a affirmé l'un d'eux, Muhidin Adan. "Les pirates ont rejoint Hobyo maintenant et je ne crois pas qu'ils puissent encore être poursuivis."
"Maintenant, il va être très difficile de leur mettre la main dessus," a renchéri un autre témoin, Ali Mohamed. "Personne ne peut les suivre dans la jungle".
En octobre, trois employés de l'ONG Danish Demining Group (DDG), une Américaine, un Danois et un Somalien, avaient déjà été enlevés près de l'aéroport de Galkayo. L'employé somalien a depuis été libéré.
La Somalie est sans gouvernement effectif et en état de guerre civile depuis 20 ans. La situation a permis l'éclosion de nombreuses milices, d'insurgés islamistes et de groupes de pirates qui règnent sur de plus ou moins grandes portions du territoire.

Somalie: Un étranger enlevé dans le centre du pays

Un garde armé près d'un camp en Somalie (AFP, Tony Karumba)

MOGADISCIO — Un étranger, dont la nationalité n'a pas été précisée, a été enlevé samedi dans le sud de la ville de Galkayo par des miliciens locaux, dans la province somalienne proclamée semi-autonome de Galmudug (centre), ont indiqué des responsables locaux et des témoins.

"Nous avons appris qu'un étranger a été enlevé au Galmudug", a déclaré une source sécuritaire locale, Ali Abdulrahman.

La confusion régnait cependant sur la nationalité et la profession de la victime, qui aurait été kidnappée sur la route de l'aéroport.

Selon M. Abdulrahman, la victime travaille pour une compagnie présente dans la région pour aider le gouvernement local à construire un port.

Mais un autre responsable sécuritaire local, Mohamed Jama, a de son côté indiqué qu'il s'agissait d'un journaliste qui se trouvait à Galkayo "pour informer sur les développements dans la région".

"Nous enquêtons toujours sur les circonstances de l'incident, mais les premières informations indiquent que sa propre escorte sécuritaire est impliquée dans le kidnapping," a poursuivi M. Jama. "L'administration a mobilisé des douzaines de membres des forces de sécurité pour secourir l'otage," a-t-il ajouté.

La victime "était dans une voiture quand deux pick-up remplis d'hommes armés ont arrêté le véhicule et l'ont emmenée", a de son côté indiqué un témoin, Ali Abdul Kadir. "C'était un homme blanc," a-t-il ajouté, sans pouvoir donner plus de détails sur son identité.

En octobre, trois employés de l'ONG Danish Demining Group (DDG), une Américaine, un Danois et un Somalien, avaient déjà été enlevés près de l'aéroport de Galkayo. L'employé somalien a depuis été libéré.

La ville, à cheval entre les deux régions somaliennes proclamées semi-autonomes du Puntland et de Galmudug, a été le théâtre de violents affrontements entre groupes politiques ou clans rivaux en septembre.

La Somalie est sans gouvernement effectif et en état de guerre civile depuis 20 ans. La situation a permis l'éclosion de nombreuses milices, d'insurgés islamistes et de groupes de pirates qui règnent sur de plus ou moins grandes portions du territoire.

En septembre, le Galmudug et le Puntland avaient signé une feuille de route destinée à reconstruire la nation, avec le gouvernement de transition somalien (TFG) à Mogadiscio.

Les deux Etats semi-autonomes sont opposés aux shebab, des rebelles islamistes qui se revendiquent d'Al-Qaïda, ont juré la perte du TFG et contrôlent une grande partie du territoire somalien plus au sud.