La guerre de l’Ogaden est d’abord un conflit frontalier opposant la Somalie du général Siad Barre à l’Ethiopie du colonel Mengistu, entrée en révolution en 1974. Elle trouve son origine dans des problèmes anciens concernant les délimitations de frontières au moment de la décolonisation. Elle est aussi provoquée par une opportunité qu’a saisie Siad Barre : celle du chaos et de la désorganisation supposée de l’Ethiopie, secouée par une révolution, et qui doit permettre aux Somaliens de reprendre la province de l’Ogaden. Elle marque surtout un renversement spectaculaire de la position de l’URSS, qui a soutenu jusque là le régime somalien, et qui va désormais appuyer l’Ethiopie agressée par son voisin. L’Armée Rouge profite d’un conflit qu’elle a en grande partie initié, par des livraisons d’armes aux deux camps, pour tester de nouveaux matériels et de nouvelles tactiques militaires sur le champ de bataille. Si la guerre de l’Ogaden s’inscrit parfaitement dans la dimension globale de la guerre froide, il n’en demeure pas moins que ses conséquences seront surtout importante pour les deux Etats africains concernés.
Au départ, un conflit frontalier…
La Corne de l’Afrique dans laquelle prend place ce conflit n’a pas une définition précise : c’est plus une métaphore qu’une réalité politique. Elle comprend l’Ethiopie, l’Erythrée, la Somalie et Djibouti, auxquels sont parfois rajoutées d’autres nations voisines. Ces territoires forment en quelque sorte un pont entre le Moyen-Orient et l’Afrique subsaharienne, dont l’influence géopolitique ne doit pas être sous-estimé. La Corne de l’Afrique est en effet sur le flanc des pays producteurs de pétrole de la péninsule arabique : elle contrôle les détroits de Bab El Manded et une partie du golfe d’Aden par lesquels passent nombre de pétroliers.
La Russie s’intéresse depuis longtemps à cette région. Les premiers contacts, en particulier, avec le royaume éthiopien, sont pris dès la fin du Moyen Age. Au XIXème siècle, pour contrer la mainmise britannique sur l’Egypte et le canal de Suez, la Russie tsariste, convaincue par ailleurs du potentiel économique de l’Ethiopie, y expédie des armes et des conseillers militaires, qui contribuent en partie à la victoire de Ménélik II sur l’Italie à Adoua en 1896. En 1887 par ailleurs, l’Ethiopie a annexé la province du Harar, évacuée par les Egyptiens, puis celles du Haud et de l’Ogaden, peuplées de Somaliens et sous protectorat britannique. Un traité sur les nouvelles frontières est signé entre l’Ethiopie, l’Italie et la Grande-Bretagne en 1897, mais sans consulter les populations somaliennes des provinces concernées, ce qui n’est pas sans conséquences sur la suite des événements.
Les liens russo-éthiopiens se distendent après la révolution bolchevique de 1917, notamment parce qu’un certain nombre de Russes blancs trouvent alors refuge en Ethiopie. Il faut attendre les années 30 pour que des relations commerciales soient rétablies, l’Union Soviétique négociant aussi avec la Somalie française et la colonie italienne d’Erythrée. En 1935, l’URSS dénonce l’invasion italienne de l’Ethiopie par Mussolini à la Société Des Nations, mais devant l’inefficacité de l’institution chargée de garantir la paix, elle préfère sauvegarder ses échanges commerciaux avec le régime fasciste. Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’image de l’URSS en Ethiopie va considérablement s’améliorer de par l’agression allemande, la dissolution du Komintern en avril 1943 et enfin, le 4 septembre de la même année, la réhabilitation de l’Eglise orthodoxe par Staline. Des relations diplomatiques sont établies entre l’Ethiopie et l’URSS.
L’empereur Haïlé Sélassié s’oppose alors violemment aux Britanniques après la défaite des Italiens, consommée dès 1941. Ceux-ci conservent en effet un contrôle de l’Ogaden et du Haud, ainsi que de la voie ferrée menant de la ville éthiopienne de Dire Dawa à la Somalie française. Les frontières avec leSomaliland britannique sont redéfinies, mais les Britanniques ne reconnaisssent pas les frontières éthiopiennes avec leur territoire tandis que le traité de 1897 laisse dans le flou la frontière entre l’Ethiopie et la Somalie italienne. Les Britanniques ont installé une administration militaire dans les colonies italiennes reconquises (Somalie, Erythrée), où ils laissent se développer une agitation politique nationaliste. En 1944, ils font cependant un geste en rétrocédant à l’Ethiopie le chemin de fer franco-éthiopien et en retirant leurs garnisons du pays.




