Pages

Les discrètes mais notoires armureries flottantes de l'océan Indien

Private-Anti-Piracy-Team.jpg
25 mars 2012
Ce n'est certainement pas le secret le mieux gardé de l'industrie de la sécurité maritime puisque l'on en parle depuis un an. Mais c'est un sujet tabou et une pratique qui n'arrange pas les affaires de tout le monde à Djibouti.
Nick Davis, le patron de Maritime Guard Group, a accepté de témoigner pour l'agence AP; il a expliqué que sa société dispose de deux bateaux qui croisent dans les eaux internationales et qui servent d'armurerie flottante. Y sont stockés l'armement et l'équipement des EPE privées qui embarquent sur des navires marchands et en assurent la protection dans les eaux au large du Yemen et de la Somalie. Ses bateaux ne stockent que l'équipement utilisé par sa propre société mais il espère pouvoir offrir un tel service à d'autres sociétés de sécurité maritime qui ont du mal à faire transiter l'armement via des pays hostiles aux mouvements d'armes sur leurs territoires.
Thomas Jakobson de Sea Marshals Ltd, confirme la présence de tels navires qui permettent d'éviter de passer par Djibouti et de devoir payer pour chaque mouvement d'armes. Selon lui, une douzaine d'armureries flottantes existent actuellement, dont la moitié en mer Rouge, trois au larges de EAU et un ou deux au nord de Madagascar. Toutes dans les eaux internationales, cet espace international "qu'aucun Etat ne peut légitimement soumettre (...) à sa souveraineté" comme le rappelle la Convention de  Montego Bay.


Mer Rouge 1993/2010 : naissance d'un théatre stratégique (08 juillet 2010)

Quelques lignes d’Hervé Coutau-Bégarie dans son opus « Géostratégie de l’Océan Indien » :



: « (…) la mer rouge voit passer un trafic de grande importance, entretien de multiples foyers d’instabilité qui peuvent à tout moment dégénérer, mais elle ne mobilise pour l’instant que de très faibles moyens. Au caractère embryonnaire des forces navales régionales, vient s’ajouter une présence extérieure extrêmement réduite, toujours très inférieur à celle qui a pu exister dans ou aux abords du golfe persique. La mer Rouge n’a donc jamais été véritablement reconnue comme un théâtre stratégique de premier plan. L’insuffisance de moyens des pays riverains devrait empêcher l’éclosion de combats sur mer de grande ampleur. Pour autant, l’absence de déploiement spectaculaire n’enlève en aucun cas son importance à la mer Rouge, qui mérite d’être suivie avec beaucoup plus d’attention que cela n’a été fait jusqu’à présent. Dans une mer aussi étroite, il n’est pas besoin de gros moyens pour menacer la liberté de navigation. »

Quelle clairvoyance et que de bouleversements plus 15 ans après. Ces lignes ont été écrites en 1993 alors que la Corne de l’Afrique vivait une période charnière :
- 27janvier 1991: Chute du régime Syaad Barre.
- 28 mai 1991 : Effondrement du régime éthiopien avec la chute de Mengistu Hailé Mariam. Indépendance de facto de l’Erythrée. Issaias Afeworki devient président en Erythrée et Meles Zenawi premier ministre en Ethiopie.
- 17 novembre 1991 : Déclenchement de la guerre civile à Mogadiscio.
- 1992/94 : guerre civile à Djibouti.
- 1993 : Indépendance de l’Erythrée

La région est en ébullition elle le restera puisque l’Ethiopie et l’Erythrée s’opposeront sur un litige frontalier en 1998/2002, naissance du terrorisme islamique, les tribunaux islamique en Somalie, guerre Erythrée/Djibouti…
Ces événements et leurs suites ont été un véritable bouleversement en termes de sécurité dans la région. Bien sûr, la fin de la Guerre froide, la chute du mur de Berlin, la dislocation du camp socialiste et de l’URSS en 1989 ont un lien avec ces transformations mais il convient de ne pas les surestimer comme cela a été souvent analysé. Les Etats-Unis et l’URSS ont cherché une position stratégique dans la Corne de l’Afrique mais les acteurs locaux ont leur propre autonomie et ont tenté de tirer profit de ce contexte.

Source : Good Morning Afrika

La piraterie au coeur d’un séminaire, 26 mars 2012

(BRUXELLES2) Plateau de choix pour le séminaire organisée par la Commission européenne et la présidence danoise, sur la piraterie. Dénommée, « Piracy, the curse of maritime transport« , elle réunira durant deux jours (mercredi 28 et jeudi 29 mars) les principaux acteurs du sujet tant au niveau international – Koji Sekimizy, le secrétaire général de l’OMI – qu’européens – Siim Kallas (commissaire aux transports), Briam Simpson et Georgios Koumoutsakos (de la commission transports du Parlement européen) ainsi que des experts des DG Transport (Marjeta Jager), DG Développement, DG Mare et du service diplomatique européen (SEAE).

Le monde maritime sera également très représenté : que cela soit au niveau des organisations professionnelles – Pottengal Mukundan, du bureau maritime international, Giles Noakes du Bimco ; John Boreman d’Intertanko – des transporteurs, armateurs, chargeurs, utilisateurs – Erik R. Nielsen, le directeur de la compagnie Maersk ; Jean-Philippe Berillon de GDF Suez ; Grahaeme Henderson, vice-président de Shell, Simon Delfau de la CMA CGM, Jon Whitlow, de la fédération internationale de transport … On passera en revue les différentes réponses à la piraterie ou la situation particulière des pêcheurs mais aussi le coût humain de la piraterie et le développement des VPD (privés ou militaires), les avantages et les risques.

Coté sécurité, plusieurs intervenants intéressants, le captain Paul Gelly, d’Eunavfor, un représentant des ministères italien et néerlandais de la Défense ainsi que du secrétariat général à la mer (france) seront présents. Plusieurs ambassadeurs du COPS feront le déplacement, notamment l’ambassadeur danois Lars Faaborg-Andersen. Ainsi que certains responsables du SEAE, notamment  Thorsten Bargfrede (de la CMPD) ou Rudolf Roy de la division politique de sécurité ; et les représentants de sociétés spécialisées comme Peter Cook de l’association de sécurité pour l’industrie maritime.


Talata, réfugiée somalienne en Ethiopie, soulagée après des mois dans la brousse

21 mars 2012


Nazar avec sa famille. Comme la famille de Talata, eux aussi,
ils sont arrivés à Gemed en Ethiopie après avoir passé des mois
dans la brousse afin d'échapper au conflit en Somalie.
Copyright: WFP/Judith Schuler

Talata et sa famille ont entrepris un long et dangereux périple pour échapper au conflit et à la sécheresse en Somalie et se réfugier en Éthiopie. En effet, l’Éthiopie, un pays qui lui aussi a été fortement touché par la sécheresse est souvent considérée comme un refuge sûr par les réfugies provenant de la Somalie, du Soudan et l’Érythrée.
La crise dans la Corne de l’Afrique a mené à une famine en Somalie, ce qui à son tour a eu un impact sévère sur l’Éthiopie et le Kenya, deux pays frappés par la sécheresse. Les personnes à travers la région savaient que les camps de réfugiés en Éthiopie et au Kenya comme le camp d’Admazine soutenu par le PAM grâce à l’appui de l’UE, leur offriraient la sécurité et un soutien vital. Talata et sa famille font partie de ceux qui ont surmonté de nombreux défis pour arriver en Éthiopie et recevoir l’assistance vitale.
Pendant 5 mois, Talata et sa famille se sont cachés dans la brousse dans la région frontalière entre le Soudan et l’Éthiopie. Ils mangeaient des racines sauvages et buvaient de l’eau de la rivière. Les violences ne cessaient pas autour d’eux et ils ont dû souvent changer de place. Lorsque leur maison a été brûlée, ils ont dû s’enfuir avec seulement une paire de vêtements et leur radio.
Deux jours avant leur arrivée dans le camp d’Admazine, Talata et sa famille ont traversé la frontière éthiopienne. Des habitants de la communauté locale, Gemed, les ont retrouvés dans la forêt et les ont accompagnés jusqu’au village où ils ont mangé leur premier repas chaud après plusieurs mois. Le village est tout petit et dépend de l’agriculture et des mines d’or très basiques. Néanmoins, les habitants ont accueilli plus de 3 000 personnes depuis septembre dernier en leur fournissant de la nourriture et des abris. Même si la population hôte peut à peine subvenir à ses propres besoins, les gens sont contents de pouvoir aider parce qu’ils veulent soutenir leurs voisins et sauver des vies, selon leurs propres mots.
Grâce au soutien de l’Union européenne à travers ECHO, le PAM fournit actuellement une assistance alimentaire à près de 300 000 réfugiés en Éthiopie, dont 50 000 proviennent du Soudan. Outre les rations alimentaires générales, les enfants malnutris et les femmes enceintes et allaitantes reçoivent également des rations de Super Céréale, un produit nutritionnel fortifié qui leur permet de reprendre des forces. En raison de l’instabilité affectant trois de ses pays voisins, la Somalie, le Soudan et l’Érythrée,  le nombre de réfugies en Éthiopie ne cesse d’augmenter.
 
 

Côtes somaliennes: une déchetterie radioactive ? (11 avril 2011)

Les habitants d’Hobyo, l’un des principaux ports pirates au nord-est de Mogadiscio (660 km), ont repéré trois grands conteneurs échoués sur les plages (ICI). Les habitants craignent qu’ils puissent contenir des déchets industriels dangereux ou chimiques.



 


Il est vrai les pêcheurs ont longtemps reproché aux navires étrangers de déverser des déchets au large du pays profitant ainsi du chaos politique de l'absence de gouvernement central effectif qui garantit l’impunité de ces violations des conventions internationales. Les habitants de la côte Somalie et de la région autonomiste du Puntland accusent (principalement les Italiens) d’avoir enfoui des déchets industriels dans les fonds marins somaliens. D’autant que des fûts contenant de produits toxiques et de déchets radioactifs auraient été découverts sur le littoral à la suite du tsunami de 2004.

Selon le PNUE (ICI), les containers se vidaient sur les plages contenaient en effet des déchets industriels ou hospitaliers comprenant de l’uranium, du cadmium, du mercure et toutes sortes de produits pharmaceutiques et de substances chimiques destinées entre autres au traitement des peaux en maroquinerie.

Source: Good Morning Afrika

Somalie : Gate of hope

18 septembre 2011

Une belle vidéo, résumant le drame somalien à travers l'aide médical apportée par l'AMISOM.



Sortie du rapport "Guerre cruelle, paix cruelle : Exactions perpétrées par Al-Chabaab, le Gouvernement fédéral de transition et l'AMISOM en Somalie"

19 avril 2010


Le groupe armé islamiste Al-Chabaab fait subir aux habitants du sud de la Somalie des meurtres, des châtiments cruels ainsi qu'un contrôle répressif de leur vie sociale, a indiqué Human Rights Watch dans un rapport publié hier. Dans la capitale les forces d'Al-Chabaab, du Gouvernement fédéral de transition (GFT) et de l'Union africaine (UA) continuent à mener des attaques aveugles, tuant et blessant de nombreux civils.

Le rapport de 62 pages, « Harsh War, Harsh Peace: Abuses by al-Shabaab, the Transitional Federal Government, and AMISOM in Somalia » (« Guerre cruelle, paix cruelle : Exactions perpétrées par Al-Chabaab, le Gouvernement fédéral de transition et l'AMISOM en Somalie »), constate que les forces d'Al-Chabaab ont apporté une plus grande stabilité dans de nombreuses parties du sud de la Somalie, mais à un coût élevé pour la population locale - en particulier les femmes. S'appuyant sur plus de 70 entretiens menés auprès de victimes et de témoins, le rapport décrit des châtiments sévères notamment des amputations et des flagellations, qui sont infligés couramment et sans procédure régulière.

Les principaux acteurs internationaux ont souvent joué un rôle contre-productif dans la crise et ont minimisé les abus commis par les troupes de l'UA déployées à Mogadiscio pour protéger le fragile gouvernement de transition de la Somalie, a déploré Human Rights Watch.

De nombreuses autorités locales d'Al-Chabaab consacrent une énergie extraordinaire à contrôler la vie personnelle des femmes et à empêcher tout mélange des sexes. Plusieurs femmes ont expliqué qu'elles avaient été battues, fouettées ou emprisonnées pour avoir vendu du thé afin de subvenir aux besoins de leur famille, parce que ce travail les met en contact avec des hommes. Dans d'autres cas, des femmes ont été battues pour avoir omis de porter le type précis d'abaya - un vêtement ample les couvrant de la tête aux pieds - prescrit par les décrets locaux. Souvent, les femmes ne portent pas l'abaya non par défi mais parce que leurs familles n'en ont tout simplement pas les moyens.

Al-Chabaab a soumis des jeunes gens et des garçons à des abus tels que le recrutement militaire forcé et un contrôle social strict.

L'intervention des puissances extérieures en Somalie s'est souvent avérée contre-productive pour restaurer la sécurité
. Le fort soutien dont bénéficie le gouvernement de transition de la part des États-Unis, de l'UE, de l'UA et du Bureau politique de l'ONU pour la Somalie a conduit ces acteurs à condamner rapidement les graves abus commis par Al-Chabaab, mais à fermer manifestement les yeux sur les abus commis par le gouvernement de transition et par les forces de l'UA. Le gouvernement américain a envoyé des mortiers aux forces du gouvernement de transition à Mogadiscio, même si aucune des parties au conflit n'a utilisé les armes en conformité avec les lois de la guerre.

Le Kenya, pays voisin de la Somalie, a sous de faux prétextes contribué au recrutement de jeunes Somaliens dans les camps de réfugiés pour qu'ils deviennent des combattants, en violation du statut humanitaire des camps. L'Érythrée, dans le but de porter atteinte aux intérêts régionaux de son adversaire politique, l'Éthiopie, a aidé Al-Chabaab à se procurer des armes.

Six cents soldats somaliens terminent une formation de perfectionnement entrepris par l’AMISOM

Six cents soldats somaliens terminent une formation de perfectionnement entrepris par l’AMISOM



Le 17 Mars 2012 – Aujourd’hui, le Président Somalien, Sheikh Sharif Sheikh Ahmed, a promu six cents soldats somaliens qui ont terminé une formation de perfectionnement militaire au camp d’Al-Jazira à Mogadiscio, en Somalie.
Les forces ont subi une formation de perfectionnement de dix semaines, dirigée par la composante militaire de l’AMISOM, et qui a porté sur le leadership, les compétences en armement et les tactiques militaires sur terrain. L’AMISOM est chargée d’aider à rétablir et à renforcer la capacité des troupes somaliennes dans le cadre du Plan National de Sécurité et de Stabilisation.
Cet événement a été une puissante démonstration de la force de la culture et du nationalisme somaliens. Le Président a fait ces commentaires;
« En tant que soldats, vous n’avez pas de clans, votre clan est la Somalie. Vous ne devez jamais perdre cela de vue.  »
Soulignant le rôle important que l’Armée Nationale Somalienne a, celui de protéger les civils, le Président a déclaré;
« Les soldats sont subordonnés à l’autorité civile; ils ne doivent jamais nuire aux civils et ils doivent faire tout leur possible pour protéger la vie et les biens des civils. »
Le Commandant Adjoint de la Force de l’AMISOM, le Général de Brigade Audace Nduwumunsi a déclaré;
« La formation fait partie des activités en cours de travailler côte à côte avec le peuple somalien pour renforcer la capacité du gouvernement, des institutions de sécurité et de la justice, en veillant à la paix et à la stabilité à long terme. »
Le Général de Brigade Nduwumunsi a ajouté;
« Quand l’AMISOM se retira du pays, les forces somaliennes de sécurité devront être capables de défendre les citoyens somaliens et les frontières du pays. »
Depuis que l’ONU a augmenté l’effectif des troupes de l’AMISOM jusqu’à 17700, les forces de l’AMISOM, aux côtés de l’Armée Nationale Somalienne, ont récemment avancé jusqu’aux limites extérieures de Mogadiscio.







Source: http://amisom-au.org/2012/03/six-hundred-somali-soldiers-complete-a-refresher-training-course-undertaken-by-amisom/?lang=fr

L’AMISOM travaille avec la Police Somalienne pour faire un monitoring et une vérification des anciens agents

L’AMISOM travaille avec la Police Somalienne pour faire un monitoring et une vérification des anciens agents



Mogadiscio-le 17 Mars 2012; Au cours des deux dernières semaines, la composante police de l’AMISOM a travaillé avec la Police Somalienne pour faciliter la vérification et le ré-recrutement d’anciens agents de la Police Somaliens qui avaient été chassés de leurs positions officielles depuis que le conflit a éclaté en Somalie il y a plus de vingt et un ans.
Un comité de sept membres a été créé le 28 Février 2012, et a été chargé de recueillir des données et de faire la vérification de 600 anciens membres du personnel de la police somalienne. La composante police de l’AMISOM surveillera le processus d’examen et  vérifiera la sélection finale de l’ex- personnel de la Police Somalienne. Actuellement, 460 anciens membres du personnel, y compris 50 de sexe féminin et 410 de sexe masculin, ont été examinés avec succès.
Le Dr Charles Makono, le commissaire de la police de l’AMISOM a déclaré: « Les anciens policiers somaliens jouent un rôle essentiel pour renforcer la police actuelle, en transférant leurs compétences et leurs riches connaissances aux nouvelles recrues. Dans l’esprit de notre mandat, nous travaillerons assidûment avec la Police somalienne pour veiller à ce qu’un processus standard et vigoureux de vérification soit en place.  »
L’absence d’un gouvernement central et le conflit prolongé en Somalie ont créé un état d’anarchie dans tout le pays, mais après la libération de Mogadiscio des terroristes Al-Shabaab, le Gouvernement Fédéral de Transition a été en mesure de reconstruire les structures de l’ordre public et de rétablir la sécurité dans la capitale.
La composante police de l’AMISOM continue d’étendre ses activités pour renforcer les capacités de la Police somalienne. Hier, la police de l’AMISOM a commencé à contrôler le versement des allocations à la Police somalienne, constituées de fonds des donateurs du PNUD, du Bureau Politique de l’ONU pour la Somalie (UNPOS) et des dons du gouvernement japonais. Actuellement, la police de l’AMISOM est également en train de former 97 chefs de postes de la Police somalienne à l’Académie policière Général de Brigade Kahiye, à Mogadiscio.

Source: http://amisom-au.org/2012/03/amisom-works-with-somali-police-force-to-monitor-and-vet-former-officers/?lang=fr

Somalie, Opération Atalante: Les pirates n’ont qu’à bien se tenir !

Quand il s’agit de protéger ses intérêts, l’Europe ne lésine pas sur les moyens. L’opération Atalante lancée en décembre 2008 contre la piraterie dans l’océan Indien participe de cette détermination de l’Union européenne à éradiquer un fléau dangereux pour ses navires marchands. Face à la menace d’une paralysie du commerce maritime dont une grande partie transite par les côtes somaliennes, des navires de guerre ont été déployés, avec des résultats jugés positifs. La piraterie dans le Golfe d’Aden connaît en effet un recul.
Et pour espérer enrayer définitivement le mal, l’UE a non seulement reconduit l’opération Atalante jusqu’en 2014, mais a en outre élargi son mandat. Désormais, des bases de pirates situées au sol peuvent être attaquées. Au-delà des aspects juridiques qu’implique une telle décision, comme la violation de l’intégrité territoriale d’un pays –mais la Somalie a cessé depuis longtemps d’être un Etat-, d’autres questions subsistent. Il s’agit surtout du lien entre la piraterie et la guerre en Somalie. La piraterie est en effet consubstantielle à la faillite de l’Etat somalien. Un Etat néant donc, où chaque puissance sous-régionale intervient au gré de ses intérêts. L’Ethiopie et le Kenya y ont ainsi dépêché des troupes, sans requérir l’avis de qui que ce soit.
L’objectif de casser du Shebab leur octroie de facto une légitimité. Mais dans cet imbroglio politicomilitaire, on se demande si tous poursuivent le même but, le plus noble qui soit, à savoir le retour de la paix et de la démocratie en Somalie. Chaque puissance régionale n’a-t-elle pas un agenda caché ? Pendant donc que l’Occident agit en mer, des troupes africaines essaient de traquer les rebelles Shebabs au sol. Deux opérations apparemment complémentaires. Le schéma actuel est très clair : l’Europe se bat contre les pirates et l’Afrique contre les Shebabs.
Est-ce la stratégie gagnante ? On se le demande bien. En tout cas, tant que la Somalie ne retrouvera pas la paix, on voit mal comment le terrorisme maritime prendra fin. Les mers ne retrouveront le calme que si la Somalie accède à un minimum d’organisation. L’Europe et l’Afrique, chacune de son côté, tentent de relever ce challenge. Malgré les succès de l’opération Atalante et les victoires des troupes africaines, rien n’est encore gagné. La culture de la guerre est si ancrée dans les habitudes et si lucrative pour bien des chefs de tribus qu’il faudra bien des batailles pour en venir à bout.
Il y a une économie de la guerre dont beaucoup tirent profit. Il y a aussi des rivalités sous-régionales qui s’expriment en Somalie. L’Ethiopie et l’Erythrée s’affrontent ainsi par procuration, faisant de la Somalie un théâtre de leur confrontation. A supposer que les Shebabs soient vaincus, rien ne prouve que d’autres groupes armés n’émergeront pas. La paix en Somalie et, partant, l’éradication de la piraterie, passe donc par une solution globale, impliquant tous les Etats de la sous-région. Mais face aux tergiversations africaines, l’Europe tente d’éteindre l’incendie de la piraterie qui menace directement ses intérêts. Pour cela, elle a trouvé ce qu’elle considère comme son arme fatale : l’opération Atalante.

© Le Pays : Mahorou KANAZOE